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 Avons-nous besoins d'ailes ?

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MessageSujet: Avons-nous besoins d'ailes ?   Jeu 11 Sep - 19:49









What if you weren't me ?


Une fois par jour.

Le soir vient. Je compte combien de fois j’ai vu Caïn aujourd’hui.

Je l’ai vu.
Deux fois. En passant dans les couloirs.
Je l’ai vu.
Juste vu.
M’a-t-il vu.

J’étais dans un groupe de Serpentard en justice magique. Je ne parlais pas. Je suivais. Lui, il riait aux éclats. Sa grande gueule, comme toujours. Sa voix qui ne se compare pas à la mienne. Sa voix.

Ta voix.

M’as-tu regardé aujourd’hui. Ai-je existé aujourd’hui. Tu es heureux, dis-moi ? Le soir vient, et je m’arrête dans le couloir. Un vent glacial s’engouffre dans ma robe. Des millions d’aiguilles me caressent de leur pointe. Mon poing se serre sur ma chemise de carton. Ma respiration s’arrête, comme une soudaine crise d’asthme, silencieuse, intérieure. Et hier ? Et avant-hier ? Nous nous sommes parlé. Il y a deux… Non. Trois jours. On s’est croisé après déjeuner, et nous avons laissé nos groupes respectifs. Les miens m’ont taquiné en me rappelant que de leur point de vue, j’étais ta petite amie.

Ils ne savent pas de quoi ils parlent.

On a parlé. Tu as lu en moi. Sans un mot, tu savais déjà tout. Tu m’as raconté tes exploits. Tu m’as parlé de filles. Je t’ai dit qu’il y en avait encore une qui s’était ramenée pour moi. Tu as plaisanté en me disant de te l’envoyer. Je l’ai fait.

On a parlé de la fête. Un peu. Tu ne m’as toujours pas dit pourquoi tu n’étais pas venu. Je t’ai dit pourquoi j’y étais.

Sans prononcer son nom, je t’ai raconté notre sœur. Son enfilade de boisson. L’approche d’Eren Bogart. Tu n’as pas eu à l’entendre pour lire mon dégoût pour lui. Tu n’as pas eu le temps de parler plus. Je n’ai pas eu le temps de faire dans les détails. Je t’ai poussé à partir en cours pour couvrir mon malaise. Je t’ai effleuré la main, et je me suis arrêté. Nous sommes partis chacun de notre côté, comme deux frères qui ont superficiellement évoqué leur quotidien.

Aujourd’hui, ta peau me manque. Ta voix. La nature véritable de tes sentiments, la voix que tu as quand tu ne parles qu’à moi. Quand tu me fais sentir que je suis tout ce qui compte. Quand je peux sentir que je suis tout ce qui compte.

Caïn.

Caïn.

Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn. Caïn.

Tout tourne autour de moi. Je ne me sens pas bien. Le monde parait grand et vide. Je me sens poussière. Les aiguilles du vent me transpercent, et bientôt il ne restera plus assez de moi pour tenir ensemble. Je vais devenir miette et me disperser aux quatre vents.

L’Alysée porte mes cendres,
Je ne rêve que de toi et d’Alyssandre.
Il faut bien que je redescende
Il faut descendre.

Je vais perdre pied, la réalité se floute. Je veux partir. Qu’est-ce que je fais là ? Je veux partir. Je ne veux pas devenir juge. Je ne veux pas devenir. Je ne tiens pas à l’avenir. Je ne tiens qu’à un fil.

C’est toi.

Je me retourne dans les couloirs, mon cœur palpite. M’étouffe. Tu voir, entendre ta voix. Te serrer dans mes bras. Je n’arrive plus pas penser. Je n’arrive plus à voir. Je marche, vite, comme une course où je ne peux avoir les deux pieds qui ne touchent pas le sol. Même en plein malaise, je reste droit et digne. Mon visage est toujours ce masque. J’ai besoin de toi.

Épuisé par les escaliers, je me tiens devant le tableau qui te sert de porte d’entrée. Cette obèse me regarde d’un œil désapprobateur.


« Désolé, tu es déjà rentré, toi. Avec le bon uniforme qui plus est. »

Je ne lui réponds pas. Je reprends juste mon souffle, mes yeux brillent d’une lueur de colère. Ce mur. Ce putain de mur de pierre. Cette putain de tour qui s’envole vers le ciel et qui me sépare de toi quand je suis sous le lac de ce château. Cette putain de peinture qui parle, parle et parle sans arrêt, qui me demande du mot de passe, qui se fout de moi à chaque fois qu’elle me voit essoufflé devant elle. Vas-y, fais-moi ton air de dédain. Tu m’as vu dans le même état tellement de fois en dix ans. Sauf que je n’ai plus dix ans. Je ne suis plus un adolescent. Je suis un homme qui se retrouve toujours devant le même mur, derrière lequel il y a la chair de ma chair.

« Dîtes-lui que je l’attends à la volière.
-Et mon mot de passe jeune homme ? Comment je fais pour lui dire si il ne sort pas ?
-Faîtes comme toujours, passez-lui le message via un élève qui rentre, ou un tableau à l’intérieur…
-Ça coûterait de me le demander avec un peu plus de courtoisie ?
-Je vais attendre. »


Je m’en retourne en avalant un début de fièvre. Est-ce que j’ai dormi ces derniers temps ? Non. J’ai travaillé. Je n’ai pas dormi. Je n’ai pas sommeil. Je ne veux pas descendre dans les couloirs du cachot. Je ne veux pas traverser ce château. J’ai besoin, besoin de te voir, comme si la moitié de ma tête était la moitié de la tienne, je me sens irrémédiablement attiré, je n’aspire qu’à la réunion, à l’union. Je m’enfuis à travers les escaliers. Je ne sais pas ce que je fuis. Des ombres. Des vides. Du vide. La salle commune des Serpentard est l’un des endroits les plus sûrs du monde, et le plus apaisant qui soit à mes yeux. Mais ce soir je ne supporterai pas de m’y oublier sans toi.

Je tombe à genoux dans la volière. Les volatiles deviennent fous. Magyar, la chouette d’Eugenia me vole dans la tête pour me couper l’oreille, mais je la repousse violemment. Ils s’excitent. Tous. Des grands ducs aux chauves-souris, ils me tournent autour. Mes grands gestes épuisés n’y font rien. Je sors ma baguette qui lance une bourrasque, une fois. Ils rechargent. Mon geste reste stérile. Une fois, deux fois. Puis la tige de laurier fini par me donner une décharge dans la main. Je retiens un cri. Je ne sais plus si je suis roulé au sol ou en train de tournoyer en balayant les feuilles et les plumes. Je me retourne une fois encore et il en faut peu pour que je fasse un pas dans le vide.

Je suis sur la terrasse. Je ne bouge plus. Tout tourne. Les oiseaux paniquent. Je reste calme. Tout tourne. Les oiseaux tournent, ma tête tourne, le monde tourne. Mes boyaux tournent, est-ce que je tourne ? Tiens sur tes pieds. Pourquoi faire ?

Tiens juste. De toutes tes forces. Il faut vivre. Vivre ce manque de tout, vivre ce manque d’amour, ce manque de droits, ce manque de vie, il faut le vivre. C’est ce que j’ai choisi. Je l’ai choisi pour garder les miens, les garder près de moi et garder la tête haute. Pouvoir vivre sans être l’ombre de mes trois soleils, pouvoir mourir en laissant une fonction sur mon prénom anonyme dans la lignée des plus dignes. Vivre en dehors d’eux, vivre pour eux. Je l’ai choisi, j’ai choisi d’aimer moins fort pour les garder tous. J’ai choisi. Ne fais pas marche arrière. Ne détruit pas tout. Tu n’es pas une âme en détresse.

Je ne suis pas une âme en détresse.




Il y a une différence fondamentale entre l’amour que j’éprouve pour toi et celui que j’éprouve pour notre angélique sœur, Caïn. Elle est tout ce que je désire chez une femme. Elle est partie de moi et différente, elle est femme, pourrait être mère. Elle a la rage, elle a le sourire, la beauté, et le rire.

Toi tu as tout ça. Mais tu ne tiens pas du fantasme. Je suis ton reflet dans le miroir, tu es tout ce que je ne serai jamais, tout ce que je ne peux pas être sans te le retirer. Et toi, je connais ta peau, ton odeur par cœur, la moindre courbe de ton corps, les cicatrices, les différences. Je les connais. Je te connais. Je ne te fantasme pas.

Tu es ma réalité.

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MessageSujet: Re: Avons-nous besoins d'ailes ?   Lun 27 Oct - 21:43

Le pourpre éclabousse toute la salle alors que l'or l'éblouit. Caïn descend les marches de son dortoir, baillant ostensiblement. Vivement dimanche. Légèrement vêtu, il prenait plaisir à entendre glousser ces pauvres crécelles de sixième année chaque matin alors qu'il leur laissait deviner sa fine musculature sous son marcel. Comme à l'habitude, elles étaient au rendez-vous, prêtes à lui faire boire un filtre d'amour. Ce dévouement commençait à l'effrayer un peu, il devrait prévenir Abel, son frère jumeau, de faire lui aussi attention à son jus de citrouille. Il déglutit difficilement, imaginer son image, auréolée de perfection dans les bras de ces jeunes pestes lui retournait les trippes. Vomir son dégoût puisque son estomac était vide. Brûler de sa jalousie puisqu'il n'avait que lui. Ces filles ou une autre, ces filles ou un autre, cela faisait dérailler son âme.

Mon sourire s'effaça soudain, mon esprit, si perfide il se montre avec moi, avait dérivé mes pensées jusqu'à dans la longue chevelure blonde d'Alyssandra. La frénésie de ma possession n'avait plus de limites. Depuis que son joli postérieur et ses tatouages multiples se promenaient dans les couloirs, mes habitudes avaient été… bouleversées. L'exemple de ces préadolescentes, prises de fascination pour les jumeaux McMillan en été la preuve. La starlette avait secoué Poudlard et sa notoriété nous affectait aussi, nous, les pauvres frères délaissées de la jeune Hell. Je serrais les dents. Je ne supportais plus de la voir ainsi, préférant la compagnie de ses soi-disant amis à celle de ses frères, son sang. Tu faisais souffrir Abel, salope. Plus que tout ce que j'ai pu lui faire, ton indifférence le retourne plus qu'autre choses petite insouciante. Rien que signes de tête polis en notre présence, quelques bribes de conversations partagées, tu m'as pris mon frère aîné et déjà tu cours dans le château pour le remplacer, plaquant des affiches aux murs. Que je t'aime au point que tu m'exaspères. Tu aurais pu causer la mort de notre monde que je ne chercherais pas moins à me presser contre toi, à caresser tes cheveux, baiser ton front pour te réconforter. Mes pensées dérivent, je me demande quel goût a ta nuque. Mon pied frappe et renverse une caisse posée sur les marches, je grommelle, mon geste fait fuir mes admiratrices, l'envie me prend de les pendre par les pieds, jeunes filles inutiles, histoires de couche inutiles. Je n'admettrai jamais que ce que je désire, c'est vivre la vie à trois que j'ai toujours rêvée.

Mais qu'en est-il de notre vie à deux, Abel?

" Caïn? " Un camarade s'avance, ressent ma mauvaise humeur et ne se perd pas en des mondanités inutiles. Grand bien me fasse. " La grosse dame me fait dire de te dépêcher d'aller voir ton frère." Me dépêcher? Pourquoi aurait-elle utilisée ce terme? Abel avait l'habitude de toquer à la porte de cette manière, de me montrer qu'il pourrait toujours nous réunir s'il le souhaitait. Je grommelais et remerciais. L'information monta lentement dans mon cerveau embrumé, énervé. Au pas de course je courais prendre des vêtements décents, chaussures et robe de sorcier dans ma valise, éventrée sur le sol. Je redescends, interpelle l'élève de deuxième cycle qui avait servi de hiboux aux deux complices : cette obèse et mon reflet. " Hé?! Tu ne sais pas où il est?" Non, la grande dame ne lui avait rien dit. J'étais toujours flegmatique, une force tranquille, appréciant avec calme le quotidien, je suis drôle. C'est ce qu'on me dit. Mais je ne plaisantais jamais quand on en venait à parler de mon sang.

Mon postérieur passe dans le tunnel, la grosse dame, habituée, crie dans mon dos : " VOLIERE!" Alors je presse le pas, il n'y a que ça à faire. Cette pensée me retourne, la volière est trop haute, trop venteuse. Pourquoi je pense à toi comme à un enfant? Je pense à Abel, au bord du gouffre, je vois Alyssandra trop petite dans les flots de l'océan Atlantique. Mon cœur hurle. Il implore que l'on lui rende Caleb. Car sans lui, je suis condamné à les protéger seul.

Tout s'accélère. Les oiseaux volent de plus en plus vite, ils tourbillonnent tous autour de toi. Que se passerait-il si tu tombais alors que ta baguette refuse de t'obéir. Je sais, je sauterai avec toi. Car si tu n'es pas toute ma vie, je ne peux vivre sans toi. Mon esprit aimerait rire, il se fout de ma niaiserie. Ma baguette vrille l'air, aussi vite que mes yeux ont analysé la situation. Opugno. Les oiseaux filent rapidement vers une direction différente. L'un de ces horribles hiboux se cognent contre la pierre. Je cours, ton corps contre le mien, je t'englobe avant de dire quoi que ce soit. Ma peau fait barrage entre le vide et ton visage d'ange. Visage que je caresse un instant avant de redresser l'échine. Tu m'as fait peur, t'es pas humain Abel, connard. "Putain mais qu'est-ce que tu fous?" J'époussète ma robe, mais ma main dans tes cheveux, tire un peu. "Tu crois vraiment que c'est l'endroit pour améliorer tes compétences de dressage?" Je me relève, à nouveau distant, en colère. Furieux pour tout ce qui avait été murmuré, tes frasques. En rogne contre ta bêtise. Arrête tes conneries, je ne veux pas te prêter, jamais je ne veux te perdre.
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MessageSujet: Re: Avons-nous besoins d'ailes ?   Mar 28 Oct - 22:16

C’est la chaleur de tes bras qui me donne de quoi me raccrocher. Je m’y agrippe comme si j’étais déjà tombé dans le vide. Je cale mon front dans ton épaule et mes yeux dans ton cou. Ton odeur, notre odeur, elle m’enivre, me cloue sur terre. Combien de temps, depuis la dernière fois que je n’ai pas respiré ton parfum pleinement ? Je l’ai oublié. J’ai tout oublié, comme si l’amour que tu m’as donné n’est qu’un écran de fumée onirique que je peine à saisir à chaque moment de solitude.

Alors jour après jour, je te trompe, je me trompe.

Tu tires sur mes cheveux, m’oblige à affronter tes yeux. M’engueule. Mais je n’entends pas. Je tends les bras et les enroule dans ta nuque, et t’embrasse à pleine bouche, toi, ma seule source d’oxygène, mon seul moyen de ne pas être étourdit par l’existence elle-même, de ne pas m’envoler, de ne pas m’effondrer. J’ai froid. Tellement froid. Je suis entre la vie et la mort, quand tu me manques, et que les filles ne suffisent plus. Quand les hommes ne m’attirent plus. Quand Père et Mère sont un fardeau, quand mon avenir prend l’eau sous mes crises d’agonie énamourée du vide. Ce n’et qu’une illusion. Tout va bien. Cette souffrance, c’est dans ma tête, cette nausée, cette impression d’être étiré de toute part et d’exploser hors de moi-même, de m’écouler lentement sur le sol et de m’évaporer dans les airs… Celle d’être transpercée d’aiguille quand on me regarde, celle que le moindre œil qui me fixe me veut du mal. Je m’entoure de corps qui après coups me font l’effet de cadavre. J’ai froid, toujours plus froid, je suis toujours plus seul.

Ma langue appelle la tienne, désespérément. J’ai pas besoin que tu me baises Caïn. Pas besoin que tu me frappes. Pas besoin que tu me parles. J’ai juste besoin que tu me touches. Besoin de sentir, tangiblement, en dehors de toute illusion paranoïaque, ton existence jusqu’au tréfonds de ma chair. Fais-moi sentir, fais-moi sentir que je ne serais jamais seul, que nous sommes immortel jusqu’au jour de notre mort, qu’on sera toujours ensemble, qu’on ne sera jamais seul. Je t’en prie, je t’en supplie. Frappe-moi si tu veux, baise-moi si tu le peux, mais je t’en prie, mon frère, mon amour, le seul qui m’aimes pour toujours, le seul pour qui je m’abandonne, je t’en prie grave dans ma chair que tu m’aimes.

Je te tire vers l’intérieur, de peur de rencontrer le vide. De peur du vent et du froid. Je mord doucement ta lèvre de rage de ne pas trouver comment défaire tes vêtements ; mes mains glacées tremblent. Je veux juste me blottir contre toi et fermer les yeux, fermer les yeux et t’entendre respirer, entendre ta voix qui me dit que tout va bien, comme à chaque crise dans mon enfance, quand nous pouvions encore marcher dans la maison main dans la main. Compter ou réciter l’alphabet, une chanson populaire, l’annuaire de nos ancêtres appris la veille, les filles qu’on trouvait jolies, les noms des gens qu’on détestait. Juste pour occuper mes oreilles et chasser le silence, le cacophonique silence. Prendre le rythme et se laisser bercer, par les mots qui perdent leur sens, par ton cœur, ta chaleur, l’odeur de tes cheveux, compter les imperfections dans la couleur de tes yeux, sur ta peau, redessiner ton nez et tes lèvres, à l’infini, mécaniquement, comme un cycle rassurant.

Fermer mon monde et le résumer à toi. C’était le seul moyen, le seul moyen de ne pas succomber à l’idée que je ne suis que poussière, une minuscule poussière dans l’univers immense, cette galaxie, les milliards d’autres galaxies, le vide infini, sur le grain de sable nommé Terre, moi grain de poussière…

Un genre de rage né de ma peur au ventre. Tu les connais par cœur, mes crises d’angoisses. En grandissant, j’ai appris à faire sans toi. Mais parfois c’est juste trop dur. Parfois les filles ne suffisent plus. Les hommes ne m’attirent pus. Compter mes inspirations et mes expirations non plus. Parfois il faut que je me lève, et que je vienne te voir, parce que je sais qu’en l’espace d’une dizaine de minute, ça deviendra insupportable.

Et au-delà, au-delà de bruit rassurant de ton souffle, du derme apaisant de ta main dans mon dos, j’ai juste besoin que tu me prouves que tu es là. Alors je t’embrasse comme un fou, fou amoureux. Parce que tu es le seul. Le seul qui m’aime, infiniment, intégralement. Malgré l’écart de ce que nous sommes, malgré toutes les fois où j’ai tenté de vivre sans toi, je ne peux pas, je ne peux juste pas Caïn. J’ai besoin de toi. De toi et juste de toi. Pas de ces traitresse tentatrices, ni de ces profiteur de mon corps. Il n’y a que toi au monde, si seulement il n’y avait que toi au monde, pour me faire du bien et du mal, si nous pouvions simplement dormir tous les deux, ensemble, pour l’éternité, et ne nous réveiller que pour nous assurer que l’autre est là…

Tu es l’essentiel, et pourtant, tu ne remplis pas ce vide dans mon cœur. Pourquoi ? Pourquoi est-ce que je dois vivre une vie sans toi ? Pourquoi une vie tout court ? Mon Caïn, mon cruel Caïn, mon adorable Caïn, mon connard, mon Adonis, mon erreur, mon reflet, ma bavure, mon courage, mon espoir, mon langage, mon Dieu.

Mes mains tremblent parce qu’en te cherchant, je ne te trouve pas. Trop de barrière entre nous, de barrière de lin, l’inutile costume d’apparat. Donne-moi ton âme nue, celle qui est cruelle et infiniment bonne avec moi, qui me puni de mes fautes et m’offre la salvation, mon amour, ma haine, sans compassion, ma seule passion.

Mon frère.
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Avons-nous besoins d'ailes ?

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